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31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
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Daria Morgendorffer
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Sujet: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
Ven 31 Aoû - 14:50
                    
« Oh, non. »
C’était de son habituelle voix monocorde, grave et atone que Daria constatait l’état de son bureau. Derrière ses épaisses lunettes, ses petits yeux verts boueux glissaient de droite à gauche tandis qu’elle se tenait dans l’encadrement de la porte.
La salle était spacieuse et carrée, avec de grandes vitres bien exposées qui rendaient l’endroit lumineux en journée. Le mobilier était de couleur crème et gris, avec un sofa, quelques fauteuils très confortables. Une bibliothèque le long d’un mur, quelques clous plantés ici et là pour accrocher des cadres ou des tableaux, et dans un coin, un bureau dans un état d’ordre et de rangement quasi militaires.
Lentement, elle pénétra la pièce et fit glisser un doigt sur une surface inaccessible en hauteur avant de l’inspecter. Pas un grain de poussière. Au sol, pas un papier, pas une miette. Les poils du tapis brossés et leurs couleurs éclatantes. Les murs nus sont lessivés et les fenêtres sont si propres quelles ont l’air de ne pas exister. Et les sièges – elle rêvait ou les sièges en cuir avaient été crémés ? Elle posa une main dessus. Mh. Encore frais et humide des soins reçus.

Lors de son premier soir à Ilukaan, elle avait laissé traîner une pizza sur son bureau dans le but d’esquiver le petit déjeuner collectif. Manger à une table à part avec le personnel devant tous ces élèves, tous ces regards, toutes ces voix... Ces pensées. Rien que d’y songer elle avait mal à la tête. Elle prévoyait donc quelques parts de pizza froide au réveil avant de se lancer dans l’ouverture des dossiers de l’école.
Mais voilà : sa pizza avait disparu durant a nuit.
Envolée.
Nettoyée !
Dès lors elle cherchait vengeance. Ou au moins de quoi s’occuper l’esprit de façon ludique avant que l’année ne débute.
Elle avait commencé par observer le rythme du nettoyage : chaque soir, quand elle n’était pas là, et dès que son absence hors de la pièce durait plus de 50 minutes.
Elle n’était pas parvenue à prendre le responsable ou le sortilège de nettoyage sur le fait. Alors elle avait testé.
Laisser traîner des vêtements partout ? Sans effet. Pas d’elfes de maison.
Créer par magie des salissures qui se régénéraient d’elle-même ? Nettoyées. Pas l’œuvre d’un personnel moldu ou cracmol.
Obtenir du sang quelconque et en peindre un immense pentagramme orné de bougies et de crânes au milieu de la pièce ? Nettoyé aussi. Bon, ça c’était plus pour s’amuser, ça ne prouvait rien si ce n’est qu’elle ne pouvait pas choisir une décoration à son goût.
Elle avait mis des heures à mettre son bureau en bazar ces derniers temps, et tous ses efforts étaient systématiquement réduits à néant... Alors que dans sa chambre, elle pouvait laisser l’apocalypse se déchaîner, le nettoyage était fixé au strict minimum.
Elle en était arrivée à la conclusion que dans les sections publiques de l’établissement un sort de rangement automatique rendait les lieux impeccables dès qu’on avait le dos tourné et qu’il était inutile de tenter d’en discuter. Elle mangerait sa pizza froide dans ses appartements et point final.

Mais ce soir…. Ce soir ! Ça fleurait le grand nettoyage de pré-rentrée. Les rideaux sentaient bon le propre, le bois des meubles et du plancher avait été ciré avec soin, les housses des coussins étaient impeccables et même le plafond lui semblait plus blanc.
Daria ouvrit grand les fenêtres avec un grognement pour aérer et évacuer la persistante odeur de lavande fraîche. Elle n’était vraiment pas du genre maniaque du rangement.
Elle s’assit dans un fauteuil moelleux en se massant les tempes, le visage inexpressif. S’il fallait passer par cette mortification pour avoir un boulot calme et un accès à la bibliothèque d’une des plus prestigieuses écoles du moment alors soit. Pour trouver une solution à son problème de toujours elle était prête à ce petit sacrifice. Elle était dans un haut lieu de savoir et de connaissances, elle croiserait ici de nombreuses personnes influentes qui sauraient sûrement l’orienter – à commencer par la célèbre Yennefer qu’elle souhaitait rencontrer bientôt.
Elle espérait simplement qu’elle en aurait le temps.
De tous les élèves qu’elle avait croisé une bonne partie déjà semblait avoir besoin d’un rendez-vous ou deux. Certains plus que d’autres. Néanmoins – et heureusement – elle les trouvait tous intéressants à leur manière. Quelques-uns étaient même attachants.

L’air nocturne et pur lui faisant retrouver l’appétit, elle ouvrit son sac pour en sortir une boîte de sushis et une bièraubeurre qu’elle installa sur la table basse devant elle - elle n’était pas du genre à surveiller son alimentation non plus, mais préciser ça de quelqu’un qui mange de la pizza froide au petit déjeuner est-ce bien nécessaire ? – avant d’entamer son diner en regardant une sitcom moldue des années 90 sur son portable.

La vie n’était pas si mal après tout.
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Ursirre
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Isaac Stanhook
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Sujet: Re: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
Dim 16 Sep - 1:42
                    
♫ Tard dans la nuit... ♫
La nuit fraîche lui faisait du bien. Sauf à ses pieds mouillés par les embruns des vagues. Isaac s'était retrouvé avec plein de grains collés entre les orteils. Sauf que, tragédie, il n'allait pas pouvoir rentrer pieds nus. Enfin, il a tenté. Mais ça faisait vraiment mal. Et personne pour le secourir et l'emporter sur un beau fauteuil roulant, pour l'épargner du vil sol sale et douloureux. Tout comme l'était sa vie. Mais que voulez vous, c'est un mélomane mélodramatique. Et dans son sombre pessimisme, silencieux comme les larmes qui ruisselaient, il rentrait jusqu'à l'école , seul et sable dans les godasses.
Il reniflait parfois un peu, usant peu à peu le paquet offert. Heureusement, il avait tout une technique pour économiser les mouchoirs. Et oui. C'est peut-être sale, mais ça évite de se ruiner en Xleenex. Bien qu'il fasse déjà bien fonctionner l'industrie du mouchoir papier.
Donc, il s'en alla pour l'école. Plus précisément le dortoir Ursirre, dans l'espoir de prendre une petite douche et de filer au lit. Même s'il n'y dormirait pas, il pourrait s'y reposer. Et pleurer dans son oreiller comme bon lui semblerait. Et jusque là tout se passait plutôt comme prévu. Il pu prendre une douche, afin de se rincer les pattes et la face. Car oui, sa face était toute rougit et déformée par les pleurs. Il fallait donc la nettoyer comme il se doit. C'est important de faire partir tout ce sel de ces yeux et cette morve de son nez. Le blondinet était donc tout mouillé, mais propre ! Ce qui est quand même pas mal pour aller au lit. Cependant, avant de monter dans ses appartements, rejoindre ses colocataires, il s'assit en route sur un fauteuil. Des gouttes ruisselaient de depuis ses mèches magiquement blanches jusqu'à son visage. Jusqu'à ses joues. C'était de l'eau ? Il n'en était pas sûr. Alors l'élève voulu s'essuyer. Mais voilà qu'il trouva l'emballage vide, sans un mouchoir.

Il soupira. Il fallait qu'il aille en chercher un autre. En attendant, il utilisa sa serviette pour se la passer sur le visage.

Lorsqu'il en trouva enfin un peu le courage, l'Ursirre se redressa pour se rendre à l'infirmerie. Le maigrichon élève dans les grands couloirs, il s'arma d'un Lumos face à cette sombre épreuve. Car en fait il n'allait pas allumer toute l'école pour se chercher des mouchoirs, soyons raisonnables. Le blond arriva donc enfin dans l'espace médical de l'établissement. Timidement, il s'avança vers la personne de garde de nuit.

«  P-Pardon ? Il y a pas de Daria qui travaille ici ? »

Il n'avait quand même pas vu un fantôme, non ? Non. Il avait vu...Un psychomage. C'était bien pire.

Donc, boule au ventre, il approcha le bureau qu'on lui avait finalement indiqué. Isaac toqua à la porte. Inspire, expire, inspire...Ok là il allait faire une crise d'angoisse. Ou décamper au galop. Au choix.
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Daria Morgendorffer
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Sujet: Re: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
Mer 19 Sep - 1:04
                    
Allongée sur le dos, les jambes relevées appuyées sur un accoudoir du fauteuil, Daria regardait sa série distraitement en mâchonnant ses sushis dégoulinants de sauce soja sucrée. Sur la petite table basse son ordinateur était la seule source de lumière de la pièce et diffusait des teintes bleuâtres miroitantes sur les murs.
Elle avait toujours été friande des téléréalités, fascinée autant que horrifiée par les candidats et les thèmes abordés : plus ça allait loin dans le malaise et la violence, plus elle aimait. Elle avait beau être consciente de la nullité abyssale du programme … elle était happée par l’écran. C’était comme ces émissions sur les tueurs en série ou ces plateaux-tv ou des gens venaient confier leurs plus honteux secrets : un étrange exutoire pour le public avide d’émotions fortes.
Bien sûr, elle niait aimer ce genre de chose ou prétendait les regarder de loin avec condescendance. Mais dans le même temps elle parcourait Witchtube avec avidité, traquant les reportages sur les pires expériences magiques qui ont mal tourné et autres débilités.
Au final, elle était comme tout le monde – elle aimait se sentir supérieure et regarder ce genre de choses aidait grandement à flatter son ego.

Il faisait bon cette nuit-là, l’école se remettait du feu d’artifice improbable organisé par le Directeur et les couloirs étaient fort calmes. L’une de ses dernières soirées de détente avant un bon moment. En zappant d’une vidéo à une autre elle ne put s’empêcher de sourire en repensant que, quelques heures plus tôt, elle était en train de se déhancher sur la plage aux côtés de son supérieur. Quel sorcier étrange, ce Vincent Leroy. Excentrique. Explosif. Décalé. Charismatique. Sexy ? Elle chassa cette dernière pensée avec agacement. Un peu de sérieux voyons ! Si elle se mettait à avoir ce genre d’idées en tête, c’est sans doute que le célibat lui pesait plus qu’elle ne l’aurait cru… Le travail et la legilimancie avaient pris toute la place dans sa vie ces dernières années, jusqu’à chasser les amis et les amants potentiels. Derrière ses airs insensibles et détachés de solitaire endurcie, Daria était une femme esseulée.  Elle s’en accommodait, bien sûr, mais parfois elle regrettait de ne plus pouvoir faire de soirée-pizza avec ses anciennes connaissances.
Sans parler du fait qu’elle était née-moldu et qu’elle n’avait que peu de contacts avec sa famille.


« Les singes savants remis en liberté peuvent-ils devenir des pervers sur internet ? Tout de suite dans Triste Monde Tragique, le récit poignant d’un témoin va vous tenir en haleine ! »

Elle se redressa juste le temps d’engloutir de longues gorgées de bièraubeurre avant de se réinstaller. Oui, elle était seule, non elle n’en était pas triste. Mais parfois… Oui, parfois, elle regrettait d’être incapable d’entretenir une relation sur le long-terme. Elle avait eu plusieurs petits amis, mais rien de sérieux ni de pérenne. Son don était une véritable malédiction, un tue-l’amour, un redoutable briseur d’amitié.
Il lui sembla entendre un bruit, elle mit son visionnage en pause d’une frappe rapide sur le clavier et tendit l’oreille. On avait toqué à la porte, non ?
Elle jeta un regard désolé sur la table. Miettes. Gouttes de soja renversé. Paquet de chips éventré. L’emballage des sushis était tombé à terre et la bièraubeurre à moitié vide achevait le tableau. Dans le reste de la pièce impeccablement propre et parfumée, son coin-repas faisait un peu tache.
Et si…
Et si c’était son mystérieux elfe de maison/voleur de pizza qui venait nettoyer tout ça ?
… Mais non, ça n’aurait pas de sens.
Après un instant d’hésitation, défiant la porte du regard derrière ses épaisses lunettes, elle choisit de se lever en s’éclaircissant la voix. Sans doute un membre du personnel qui venait lui donner un dossier ou un truc du genre. Il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir : elle s’avança et ouvrit son bureau.
Pour faire face à Isaac, l’air désemparé – mais pas plus que la dernière fois. Il semblait gêné, penaud, inquiet, désespéré, un peu tout ça à la fois.

« … Ah, Isaac. »

A chaque fois qu’elle disait ce nom, elle le prononçait à l’anglaise et pensait au jeu vidéo éponyme, celui avec le petit garçon qui tue des fœtus avec ses larmes dans une cave. Elle se demandait alors comment un si joli prénom pouvait lui évoquer des images si étranges et ne pouvait que constater que les jeux vidéo avaient ruinés son esprit autant qu’Internet lui-même.
Sans lâcher la poignée elle recula d’un pas et l’invita à avancer d’un geste de son bras libre. Elle se souvenait de leur échange sur la plage et de sa proposition : sous prétexte de venir chercher des mouchoirs, Isaac pouvait venir la voir pour vider son sac – ou au moins essayer.
Elle ne s’attendait pas à avoir du travail ce soir, mais pourquoi pas. S’occuper d’élèves en détresse, c’était son job après tout.
… Au fait, elle lui avait dit qu’elle était psychomage ou … ?


« Entre, je t’en prie. Installe-toi et dis-moi ce que je peux faire pour toi. »
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Ursirre
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Isaac Stanhook
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Sujet: Re: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
Dim 4 Nov - 1:04
                    
♫ Tard dans la nuit... ♫


Le gringalet était hésitant. Il avait la gorge serrée, déjà qu'il ne savait pas ce qu'il pourrait lui dire. Ses yeux restèrent baissés un moment, n'osant pas regarder la femme dans les yeux. Ca se voyait qu'il cherchait ses mots, ses lèvres tremblant, s'entrouvrant, se fermant. Pourquoi était-il venu au juste? Les mouchoirs, c'est vrai.

"Il est un peu tard, excusez moi…"

Fébrilement, il finit par rencontrer le regard de la psychomage, l'air chétif. Ses yeux étaient encore scintillant mais rougis par les pleurs. Sa vue était brouillée mais il reconnu bien les grosses lunettes de la brune. Isaac était quelque peu intimidé...Non, il l'était complètement.

"C'est pour...Les mouchoirs."

Il renifla. La soirée n'était pas non plus si mal, mais il a fini par avoir une crise d'angoisse. Ca lui arrivait parfois, de passer un bon moment, puis avoir un contre coup violent, se prendre sa solitude en pleine figure une fois qu'il est seul. Et là, il avait juste l'horrible impression de déranger. Daria semblait bien être une dame bienveillante envers lui, mais ce n'était pas une raison pour qu'il l'embête avec ses histoires toutes nulles. Ses coups de déprime. Ses questions existentielles. Ses peines. Ses déceptions envers lui-même. Un peu tout ce qu'il avait en tête à ce moment...C'est qu'il s'en passait des choses là dedans. Et ce n'est pas toujours des plus joyeux. C'était surtout très confus, et peu éclairé. Dur d'y trouver quelque chose de bien parmi tout le bazar sombre de son esprit fatigué. La fatigue est ce qu'il y a de pire, surtout quand il n'arrive pas à dormir.

Il fit tout juste quelques pas dans la pièce.

"J'veux pas m'éterniser, c'est tard…"

Oui, il était tard. Et certainement pas un horaire convenable de consultation pour quelque chose de si peu urgent que des mouchoirs. Pour ce qui en était de ses coups de blues, eux n'avaient pas d'horaires. Ils étaient plus ou moins permanant en fait.

Aussi, savait elle que son nom se prononce à la française, car c'était sa mère qui l'avait proposé? Ce n'était pas bien grave, les professeurs ont souvent fait la faute lors des appels. Et il n'a jamais osé intervenir pour rectifier. Alors depuis qu'il était jeune, beaucoup ont fait l'erreur. Ca ne le dérangeait plus. Même si c'était étrange, il avait un peu parfois l'impression d'avoir une identité différente selon l'origine de son interlocuteur.

Le blondinet inspecte de ses yeux fatigués la pièce. Ca allait, il s'attendait pas à tant d'ordre en pleine nuit. Juste un peu de nourriture, ça allait. Et c'était quoi cette odeur, de la sauce à sushi? Enfin, ce n'était pas ses affaires.

"Rassurez moi, le...Bureau est bien ouvert de nuit?"

Le bureau de la psychomage. Soit. Il allait devoir s'y faire. Ou fuir. Au choix. La deuxième option ne lui semblait pas non plus si mal. Il se mordit la lèvres inférieur, le ventre noué, les poings serrés, et un air particulièrement pathétique sur le visage.
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Sujet: Re: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
Dim 3 Fév - 22:00
                    
Elle contempla un instant le jeune adolescent malingre qui avait dû longuement hésiter devant la porte avant de toquer. Derrière sa frange décolorée ses yeux bleus étaient rougis de larmes et ses joues encore un peu humides, et ses vêtements trop grands renforçaient plus encore son apparence fragile. Il essayait de parler pour paraître poli mais il restait hoquetant et reniflant. Si la tristesse pouvait être personnifiée, dans ce qu'elle a de déchirant dans la souffrance et l'appel à l'aide mais aussi dans ce qu'elle a de courageux à tenter de sauver les apparences sans s'étaler aux yeux du monde, alors la tristesse se tiendrait là, devant elle. Il était malheureux. Il avait peur. C'était comme s'il suffisait de lui souffler dessus pour le faire tomber. Et malgré tout... Il était là.
Les mouchoirs. Bien évidemment.
Elle lui avait proposé de venir en chercher s'il venait à en manquer. Une perche tendue, un simple alibi derrière lequel il pourrait se cacher pour qu'il puisse passer la voir en gardant la tête haute, sans dire ouvertement « je vais mal »... Elle savait que ça avait des chances de lui convenir. Ce qu'elle ignorait c'est qu'il allait arriver aussi si tôt. Et surtout à une heure pareille. Pas qu'elle n'aimait pas travailler à la brune - elle était plutôt du genre 'oiseau de nuit' , plus qu'elle ne s'y attendait pas et que le bureau était un peu en désordre entre l'ordinateur, les sushis et les papiers qui traînaient. D'une certaine manière, heureusement que le ménage avait été fait et que tout son bazar avait été nettoyé, parce que sinon..... Sinon rien, Daria était bordélique et se moquait bien de vivre dans le désordre, mais ses visiteurs ne pensaient certainement pas tous comme elle.
Isaac entra dans la pièce et elle laissa la porte entr'ouverte derrière lui pour éviter de lui donner l’impression d'être enfermé. Même ses pas étaient mal assurés.


"Bien sûr que le bureau est ouvert. Assieds-toi, je t'en prie."

Depuis toujours sa voix était grave et lente, mais douce néanmoins. Elle avait un petit quelque chose de rassurant, de concerné, de tranquille qui faisait que même si elle ne rayonnait pas de chaleur humaine elle dégageait une assurance paisible qui mettait en confiance. Bien sûr avec ses bras croisés et son air impassible elle paraissait souvent distante en public. Parfois indifférente, éventuellement froide même. Mais une fois dans une sphère plus privée, en relation duelle en tête à tête, son détachement se muait en une personnalité calme et toute tournée vers l'autre. Attentive et à l'écoute en somme.
Avec des gestes lents et réguliers Daria chercha dans ses affaires une boîte de mouchoirs neuve qu'elle finit par poser sur la table basse, devant le canapé où elle était étalée tantôt avant de ranger les restes de ses sushis d'un mouvement leste de sa baguette et s'asseoir à son tour face à lui.


"Eh bien, eh bien... Ça n'a pas l'air d'aller fort..."


Le mot était faible. Il tremblait comme un chiot abandonné sous la pluie dans le vent et la nuit. Il était si pâle, et semblait si fatigué... Peut-être était-il malade, ou souffrait-il d'insomnies. Dans tous les cas il ne semblait pas du tout à l'aise. Elle n'était même pas sûre qu'il ait vraiment envie d'être ici. Bon, bien sûr il était venu de son propre chef et était entré de lui-même... Mais une fois à l'intérieur l'envie de prendre ses jambes à son cou s'était peut-être fait sentir - d'où la porte laissée entrebâillée d'ailleurs. Il était libre de partir quand il le voulait, de même qu'il était libre de rester toute la nuit.
Enfin... Pas vraiment toute la nuit hein, c'était un bureau ici, pas une chambre d'hôtel.
Mais enfin bref, elle se comprenait. Les élèves avaient la priorité sur son sommeil.

"Raconte-moi. Qu'est-ce qui te tiens éveillé à une heure pareille?"
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Ursirre
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Sujet: Re: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
Dim 8 Sep - 22:28
                    
♫ Tard dans la nuit... ♫


Il est épuisé, et creu. Pleurer toutes les larmes de son corps le fatigue et le vide. Ou bien c'est son insomnie en effet. Dans tous les cas ça n'arrange rien. Cette nuit blanche de la veille l'a rendu encore plus sensible. Ce sont des choses qui arrivent. Mais suite à ça, lorsqu'il reçoit une émotion forte, ou même qu'il se pose trop de questions, alors le petit blond fond en larme. Ses yeux rouges de fatigue humidifient ses joues, les trempent, les imbibent.

"Alors vous êtes la psychomage..."

Il dit ça plutôt pour lui, pour réaliser. Isaac a toujours eu peur de consulter. C'est effrayant, de déballer son sac à quelqu'un, de se laisser scruter de l'intérieur. Mais c'est plutôt le jugement des autres qui l'angoisse, ainsi que la crainte de déranger. Avec ses amis et sa famille, ça passe encore. Mais pas avec les inconnus.

"Il... Il ne se passe rien, c'est ça le problème. Et je suis quand même comme ça, et c'est ..."

Pathétique ? Lamentable ? Minable ? Il se sent tout ça à la fois. Mais c'est surtout épuisant, et répétitif. Ca lui arrive plutôt souvent. Et la plupart du temps, la meilleure solution est encore d'attendre de tomber de sommeil. Mais bon, l'internat a ses inconvégnants. Se mettre à pleurer toutes les nuits au beau milieu d'un chambre partagée par d'autres garçons n'est pas envisageable. Lorsque ça arrive, il fait mine de dormir, laissant l'oreiller sécher ses larmes et étouffer ses pleurs. Ca marche plutôt bien. Vraiment, le pire c'est l'été, car la chaleur lui empêche de trouver le sommeil. Ou bien est-ce car l'ambiance "cocooning" de l'hiver le rassure ? Sûrement des deux à la fois.

"Je suis venu pour les mouchoirs. J'ai fini le paquet de mouchoir que vous m'aviez donnée... Après faut pas s'inquiéter, j'ai juste souvent, heu... Les yeux qui coulent. La plupart du temps c'est tout mais je dois quand même essuyer, donc..."

C'est vrai, la plupart du temps c'est juste ça. Mais là, c'était une grosse crise. Sans raison apparente. Juste... Il était pas bien. Ce creu qu'il ressent parfois est vraiment douloureux, et il n'est pas capable d'exprimer et de faire partir cette douleur avec des mots. Juste des larmes, ce sont ses mots de détresse. Même si, en réalité, ce ne sont pas toujours des larmes de douleur, loin de là. C'est juste un pleurnichard. Même lors des moments de joie les larmes coulent, car c'est ainsi qu'il évacue et exprime ce qu'il ressent, comme si les émotions ressortaient par ses yeux bleux et humides.

"Excusez-moi, c'est bête..."

Il n'a pas de raison d'aller mal, il n'a pas de raison d'être là. Alors il se sent... Coupable. Venir déranger les gens, en pleine nuit, pendant les vacances, pour rien. Il devrait s'en aller. Mais maintenant qu'il est rentré, s'enfuir n'est pas aisé.

"..."

Oh non... Il sent que ça va revenir. Isaac était pourtant persuadé d'être asséché de larme mais il lui en reste encore qui veulent couler. Le voilà à essuyer ses joues, comme s'il pleurait déjà. Quelle habitude de pleurnichard. Il se sent si hot=nteux d'être mentalement faible. Chouineur, aucune volonté, peureux... Même s'il s'agit bien plus d'angoisse et d'anxiété que de réelle peur. Mettez-le devant un film d'horreur il passera un bon moment. Mettez-le au beau milieu d'une foule il manquera de faire une crise d'angoisse. A moins que le face-à-face ne soit pire ? Effectivement, c'est pire, d'être confronté au regard d'une inconnue, là pour le juger. Il survivait plutôt bien jusque-là, en se privant de consultation. Et oui, il est légèrement dans le déni que c'est un moment désagréable (qui n'a pourtant pas à l'être) à passer pour aller mieux ensuite, sur le long terme. Mais en même temps, aller mieux lui semble... Si loin, si insurmontable. Plutôt paradoxal, n'est-ce pas ? Ce pauvre adolescent est si perdu, se sent légitime de rien, et qui n'ose même pas imaginer une amélioration dans sa vie. Il ne veut pas être déçu. Il ne veut pas se décevoir lui-même. Alors il s'écarte de tout, de sa propre vie, et en devient un triste spectateur, qui subit ses propres états d'âme.
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Sujet: Re: 31.08.18, tard dans la nuit (Isaac Stanhook)
                    
            
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