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[Durban, 13 août 2018] Love, like rain, does not choose the grass on which it falls
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Sujet: [Durban, 13 août 2018] Love, like rain, does not choose the grass on which it falls
Mar 14 Aoû - 18:35
                    


● Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre d'où il vient ●
13 août 2018



L'Afrique du Sud était un retour aux sources obligatoire chaque année pour Thandi.
Au delà des paysages de rêve et des sourires éclatants qu'elle arborait sur les photographies postées sur les réseaux sociaux, la réalité est quelque peu autre.
Oh rassurez vous. Rien de dramatique.
Juste une famille envahissante, traditionnelle et quelques conflits entre la jeune Lupy et ses proches de générations antérieures.
Après tout, elle était issue de deux illustres clans connus pour ne rien lâcher, Mweki et Lamula.
Tout comme ses adelphes, l'entêtement faisait partie de ses plus grands défaites. Comme une mule, elle se battait pour ses idéaux, ses convictions.
Les chiens ne font pas des chats.
Pensez-vous.

Depuis le 9 août, Thandi était de retour au pays. Elle avait frissonné du froid de l'hiver austral africain, surtout du Cap et avait pris le chemin de Durban pour assister au mariage d'un cousin du côté Lamula.
Quoi de mieux qu'une réunion de famille pour se faire juger sous toutes les coutures ?
Peut-être un concours de beauté ou une télé-réalité, mais de peu.
Après tout, les aunties étaient toutes de sortie, sous leurs plus beaux atours, prêtes à entendre la confirmation de la dernière nouvelle.
Malgré elle, Thandi était devenue le sujet principal de conversation du jour, volant la vedette aux mariés.

« Est-il vrai que Thandiwe s'est amourachée d'un blanc étrangers né d'une famille d'ayikwazi ? »

Ayikwazi pouvait être aisément traduit par "incapable". Dans le jargon sorcier IsiXhosa, ce terme désignait les personnes dénuées de pouvoirs magiques. Par extension, les cracmols étaient également considérés comme des ayikwazi et peu de différences étaient faites entre les deux.


____


-- J'ignore si tata et mama vont bien le prendre...

Thandi haussa les épaules en entendant les mots de Thembile, sa sœur jumelle, sa confidente, sa plus proche amie, son sang... Et ayikwazi malgré elle.
Elle s'occupait de ses cheveux en l'écoutant parler.

-- Ça a pas grande importance pour toi après. Une fois que tu as une idée en tête...

-- Honnêtement. Je m'en fiche de ce qu'ils pensent.

Thembile s'approcha de sa sœur et l'enlaça par derrière, leurs paires d'yeux respectives fixaient le miroir en face d'elles. Leurs reflets quasiment identiques

-- C'est différent des autres ?

Les "autres".
Prototypes de relations amoureuses. Trois personnes. Deux hommes, une femme.
Crash tests ne s'étant pas bien terminés pour la plupart, les sentiments n'y étaient pas souvent. Le respect non plus. Seul le physique comptait bien souvent.

Thandi sourit.

-- Tu peux pas imaginer à quel point ça n'a rien à voir.


____


L'impression d'être une étrangère au sein de sa propre famille.
Les parents plus éloignés chuchotaient en observant Thandi pendant la réception.
Comme si elle était une honte.

Ni Mkhuseli, ni Sandile n'avaient évoqué le sujet avec leur fille. Ils restaient impassibles, calmes en apparence, parlant du strict minimum avec elle. Ils s'étaient disputés à de nombreuses reprises, sur des sujets divers...
Et aujourd'hui pour Thandi cela semblait avoir été la goutte de trop pour sa mère et son père.
Elle restait à distance respectable de ces derniers, les observant de loin, guettant leurs réactions.
Lorsque des membres de la famille voire des étrangers venaient la voir pour parler du sujet de sa vie amoureuse, la jeune fille leur répondait avec un sarcasme cinglant qui lui ressemblait peu.
Sentiment de ras-le-bol, peu de patience pour l'heure actuelle, trop de choses certainement pouvaient expliquer ce comportement.

« Ne penses-tu pas à l'honneur de ta famille ? »

« Allons allons. Ce n'est qu'une erreur de jeunesse. Ça va lui passer... »

Thandi leva les yeux au ciel en buvant une gorgée de son verre de bière de sorgho. La fraîcheur apaisant sa gorge enflammée, comme le reste de son corps. La colère la faisait bouillir à mesure.
Encore une fois pour la journée. Le bonheur.
Mais ses lèvres s'étirèrent en rictus

-- Vous savez... Vous avez raison. Il est très blanc... Qu'est-ce qui m'est passé par la tête ? Je vais me bander les yeux... comme ça je ne verrai que du noir et le problème sera résolu. Je vous invite à en faire de même, si vous ne pouvez pas regarder ailleurs.

Avec un sourire orgueilleux, l'enfant terrible des Mweki-Lamula s'éloigna avec Thembile qui essayait de ne pas rire.


____


Les gens ont tendance à ne pas se mêler de leurs affaires.
C'est ce qui m'énerve le plus sûrement. Ils ne sont pas concernés et ils viennent mettre leur grain de sel.
Si c'était mon père et ma mère je comprendrais.
Et encore.
Mais mes oncles et tantes voire de parfaits inconnus...
Franchement ?
Toute l'Afrique du Sud doit le savoir. Mon frère et mes sœurs me soutiennent. Ils sont toujours là, prêts à me défendre aussi.
Mes grands-parents ne semblent pas comprendre ou font comme si.
Mais pour tata et mama...
C'est le silence total.
J'ignore ce qui leur traverse l'esprit à ce sujet, Thembile également. Elle dit qu'elle les a entendu discuter à ce sujet mais ce sont des messes basses, quand ils sont seuls tous les deux. Elle n'est pas arrivée à discerner leurs déclarations.
Mes parents ont fait un mariage d'amour. Plus ou moins.
Ils étaient amis et sang-pur. Ils se sont mariés pour arranger leurs familles respectives parce qu'ils préféraient cela à se marier avec de parfaits étrangers.
« C'était une autre époque » disent-ils souvent.

Moi ? Je ne pense pas au mariage. Pas encore. Mes études importent plus pour le moment puis je préfère vivre au jour le jour, profiter de l'instant présent à ce niveau. Selon un proverbe sud-africain, "l'amour, comme la pluie, ne choisit pas l'herbe sur laquelle il tombe".
Je n'ai pas choisi.
C'est venu d'un coup.
Et par un coup du sort, lui aussi m'aimait...
Et on se fait juger.

-- Tu ne manges pas ?

-- J'ai pas très faim.

Ma mère ne répond que par un hochement de tête.
Elle est belle, a un port noble, les traits rassurants...
Impénétrables.
Je n'ai d'elle que les yeux. En amande, sombres.
Et reflétant les pensées et les émotions.

-- Tu ne manges que chez ton petit ami a présent ?

Je n'arrive pas à distinguer si elle plaisante ou non. Ma mère parvient à rester sérieuse en tous temps.

-- Ça risque d'être un peu compliqué.

Je tourne la tête.
Mon père. Immense. Un colosse mince qui boite quelque peu. Il marche avec une canne, il porte des lunettes de vue.
Il me tend une assiette.

-- Mange.



____



Thandi attrapa le plat et le posa près d'elle. Elle croisa les bras sur sa poitrine en dévisageant ses parents. Attendant une phrase, un mot, quelque chose.
Rien ne vint.

Une cousine du grand-père maternel s'immisça dans la conversation. Demandant à Sindile et à Mkhuseli ce qu'ils pensaient de "la honte de leur fille".
Les intéressés s'échangèrent un regard et ce geste provoqua instantanément une accélération du rythme cardiaque de Thandi. La jeune fille tapait du pied, écrasait la nourriture entre ses doigts fins et nerveux. Elle était prête à défendre ses sentiments et ses intérêts.
Mkhuseli racla sa gorge. Sindile croisa les bras sur sa poitrine.

-- Thandi est assez grande pour se débrouiller. Savoir ce qui est bon pour elle. Et si ça se passe mal, elle sait se défendre. Critiquer ses choix n'y changera rien.

Les mots de son père firent mouche. Thandi en était décontenancée. Avait-elle bien entendu ?

-- Nous ne l'avons pas encore rencontré. Ce serait inconvenant de juger ce pauvre garçon à sa couleur de peau et à son sang. Regarde donc les ayikwazi blancs sud-africains... Ils jugeaient la valeur d'un individu à sa couleur de peau. Je refuse...

Mkhuseli se racla encore la gorge en sentant le regard plein de jugement de son épouse sur lui.

-- Nous refusons... de nous abaisser à de telles pratiques...

Sindile continua.

-- Je sais que nous en avons déjà parlé auntie... Non avions peur Mkhuseli et moi... Pour nos traditions... notre sang... notre fille... Et avec cette mentalité nous risquions plus de perdre notre fille par notre faute...

Ça faisait tellement cliché de cinéma ou de livre à l'eau de rose, où la jeune fille découvrait qu'au final, malgré tout, ses parents ne voulaient que son bonheur. Thandi en était consciente et un grand sourire ourla ses lèvres, elle se retenait de ne pas laisser éclater sa joie.

Malgré les apparences, ses parents étaient plus ouverts qu'elle ne le pensait.
Comme quoi, le fruit n'était pas tombé bien loin de l'arbre d'où il vient.

Le soir dans son lit, elle envoya un sms à son petit-ami.


Quand tu viens en Afrique du Sud ?? Tout le clan Mweki-Lamula attend de te rencontrer maintenant ! Ils ont adoré tes cadeaux et grâce à moi ils ont pu voir à quel point tu es un homme parfait !
Je t'aime ♡





[size=39]©️Code de night sky.[/size]
            
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